Dans notre travail au quotidien ou notre vie personnelle, nous sommes inévitablement confrontés aux changements . Un nouvel outil, nouveau membre dans une équipe, départ, un déménagement … la forme du changement est multiple et nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité de l’appréhender.  En fonction de notre caractère ou de notre vécu, nous pouvons soit facilement nous adapter soit au contraire, chercher à freiner voir à refuser en bloc tout changement dans notre quotidien. Le changement fait peur. Rester dans les habitudes est rassurant.

Dans un monde où tout va très vite, où nous sommes face à des évolutions et des mises à jour régulières de nos outils, il est devenu indispensable pour nous, chef d’entreprise, manager, leader d’équipe de savoir gérer et guider la conduite du changement. Bien communiquer, accompagner les membres de son équipe, personnaliser les discours en fonction des profils sont autant de défis auxquels nous sommes confrontés.

Depuis plusieurs années, que ce soit au sein de l’agence web que je dirige ou dans la startup où je suis Directrice des opérations, mes équipes ont vécu plusieurs changements, plus ou moins bien annoncés donc plus ou moins bien vécus. Il m’incombe en effet de bien préparer ces nouveautés dans leur quotidien et pour y parvenir, de nombreux ouvrages m’y ont aidé.

Aujourd’hui, je souhaite vous parler de Qui a piqué mon fromage ? par Johnson Spencer qui est un ouvrage très connu et recommandé sur le sujet de la crainte du changement et sur lequel j’ai un avis partagé.

Une fable ludique sur la peur du changement

Avec moins de 100 pages, Qui a piqué mon fromage est un livre qui se lit très facilement. Tourné comme une fable, autour de 2 souris Flair et Flèche, et deux petits bon-hommes, les « minigus », Pelochon et Baluchon, l’histoire tourne autour d’une crise soudaine : la disparition du fromage. Selon les personnes qui liront ce livre, le fromage peut symboliser des acquis différents : c’est une métaphore pour une situation financière, un poste, une entreprise que nous avons construite, un mariage… Chacun a son fromage à lui, et le conserve, car il pense qu’il le rendra heureux.

Nos personnages sont confrontés du jour au lendemain à l’un des pires changements : la disparition non prévue de ce “fromage”. Souris et minigus correspondent à des traits de personnalité, et fonction de leur nature, ils vont réagir et s’adapter (ou non) à ce changement. Ils représentent en effet des comportements que nous connaissons bien :

  • Flair, qui voit le changement arriver dès ses premières manifestations,
  • Flèche qui se précipite immédiatement dans l’action
  • Pelochon qui redoute le changement, et rejette quitte à rester en arrière
  • Baluchon qui sait s’adapter dès lors qu’il a compris l’intérêt de ce changement

Nous suivons ces quatre personnages dans leurs peurs et dans leurs capacités de s’adapter à ce changement et l’auteur nous livre chapitre après chapitre, des grandes leçons positives afin de mieux appréhender ce qui leur arrive. Comme ce dernier est inévitable, plus on y est préparé et plus on en a une vision positive, mieux on pourra le vivre.

Que ferais-tu si tu n’avais pas peur ?

Tout au long de l’aventure, des morales positives autour du changement sont martelées et l’une de mes citations préférées est  “Que ferais-tu si tu n’avais pas peur ? » La peur nous prive d’accomplir bien des actions, qui nous rendraient bien plus heureux, et surtout de vivre des expériences.

Notre rôle en tant que manager est notamment d’apprendre à connaître et comprendre les peurs de notre équipe et de leur apporter la réponse la plus rationnelle afin qu’elle puisse la dépasser.

Le changement vu sous un angle positif est en effet aussi une nouveauté, une nouvelle destination, une nouvelle aventure challengeante. Mais pour le voir ainsi il faut être accompagné et recevoir le bon message rassurant face à nos craintes.
Penser que l’être humain va se faire seul à ce changement avec le temps est une erreur. Au contraire, cela peut créer des situations de frustration, de refus, plus complexe à résoudre que si la communication avait été bien faite dès le départ.

Dans mon quotidien, plus j’assure une conduite du changement, mieux je l’appréhende et aide mes équipes à bien les vivre. Et afin de les guider au mieux, je dois moi-même affronter mes propres peurs et freins ce qui n’est pas forcément évident.
Ce livre, bien que très simple dans sa vision et sa narration, reste inspirant tant il aborde vraiment les peurs individuelles les plus courantes. Il me rappelle les traits de caractère communs et le fait que chacun ne voit pas les changements à première vue comme quelque chose de normal et naturel.

Accompagner son équipe dans le changement

Il y a trois ans, mon agence web a été confrontée à deux changements importants : une fusion avec une autre agence et l’échec de cette fusion. Pendant ces deux phases, les réactions de mon associé et de mes salariés ont été différentes, mais fondées sur les mêmes craintes.

 

Leurs peurs dans chaque cas de figure étaient légitimes. Mon rôle en tant que manager était de les rassurer, d’identifier quel trait de personnalité ils présentaient et donc quelle réponse adéquate apportées. Mais je n’avais pas à l’époque ces réflexes et j’ai donc commis plusieurs erreurs.


En effet lorsque j’ai annoncé cette fusion, je l’ai fait d’une façon un peu brusque : “bonne nouvelle, nous fusionnons avec notre plus grand concurrent, ça va être super !” Mon équipe n’avait aucun détail, et surtout aucun pourquoi. Quelles fussent les raisons de cette fusion, quelles en étaient les étapes ? Pourquoi c’était une bonne nouvelle ? Ils n’étaient simplement pas dans ma tête donc ils se sont fait leurs propres histoires et ainsi générer leurs angoisses.

La conséquence a été logique : des inquiétudes se sont multipliées. Par exemple mon Directeur Artistique qui était le seul de l’agence allait travailler désormais avec deux autres Directeurs artistiques et il se demandait si l’un d’eux allait être son responsable, comment ça allait se passer concrètement au quotidien … Il était inquiet sur sa place, il ne se sentait plus en sécurité, il ne voulait presque pas de cette fusion. Je ne l’avais pas du tout anticipé.
C’était un Polochon, pour reprendre le personnage du livre.

Pour d’autres membres de l’équipe, c’était davantage lié à notre identité : allait-on perdre notre nom, comment se sentir appartenir à une équipe où les personnes se connaissent depuis longtemps et sont beaucoup plus nombreuses que nous. Ou bien qui serait demain leur manager, quelle reconnaissance pourraient-ils avoir en “repartant de zéro” dans une nouvelle agence.

Mon associé fut davantage un “Baluchon” : dès qu’il comprit l’intérêt de cette fusion, il a su s’adapter. Mais cela a pris un peu de temps afin qu’il le comprenne.
De mon côté, j’étais clairement comme la souris Flèche.

Sécurité, appartenance, et reconnaissance sont des besoins bien connus (Pyramide de Maslow). Pourtant j’étais tellement focus sur la partie “bonne nouvelle” que je n’y ai absolument pas pensé.

J’ai pu par la suite rattraper la situation en échangeant avec eux, mais j’aurais pu leur épargner des jours de stress en communiquant mieux dès le départ.

L’annonce de la fin de la fusion fut également brusque : la nouvelle elle-même était violente, car soudaine et je fis la même erreur. Trop rapide, privilégiant l’information et non en anticipant le message que devait recevoir mon équipe, et comment j’allais les rassurer.

Parfois, on est en effet davantage concentré sur l’annonce du changement et moins dans les détails alors que ce sont ces derniers qui permettront notamment à notre équipe de mieux l’appréhender.

Pour accompagner son équipe au changement, la communication est en effet primordiale :

  • sur le pourquoi du changement et pourquoi c’est une chose positive
  • anticiper les peurs rencontrées et sur quoi elles sont fondées
  • rassurer avec des solutions et des étapes pour les mettre en place

C’est malheureusement ce qui manque à mon sens dans ce livre, c’est quel levier choisir face aux difficultés. Comment accompagner un salarié qui a peur et qui refuse le changement ? Quels discours et étapes sont nécessaires ? “Qui a piqué mon fromage” nous aide à comprendre les mécanismes de réactions face aux changements, mais ne nous donne pas la solution. L’auteur insiste sur l’aspect positif du changement et comment le vivre sereinement, mais beaucoup moins sur comment répondre aux angoisses. Peut-être, car pour toute situation, la réponse est différente.
Le management doit en effet être adapté à la personnalité du salarié que nous accompagnons et aussi à la situation rencontrée et son degré d’acceptation.

 

Je recommande tout de même ce livre à tout type de profils, dans un environnement personnel ou professionnel, car le changement est partout et il faut s’y préparer et le vivre sereinement pour profiter au mieux de la vie. Il aborde dans les très grandes lignes nos plus grandes peurs et réactions, mais reste répétitif et superficiel.

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